La perte de Dorvan est une cavité explorée par le Clan Spéléo des Troglodytes depuis Avril 2010. Elle se situe sur la commune de Cleyzieu (01), dans la "Grande Combe". Cette cavité constitue une nouvelle portion du vaste réseau karstique de Dorvan.

Présentation générale du système de Dorvan

Le système karstique de Dorvan - ou système du Pissoir - est un des plus vaste réseau souterrain de l'Ain. Pour l'heure les spéléologues n'en connaissent qu'une petite fraction, surtout sur la partie occidentale. 13 km de galeries ont été explorées (grotte du Crochet 8.4 km, perte de Socours 1.5 km, grotte du Pissoir 1.5 km, grotte du Cormoran 1.1 km). Les calcaires du Bajocien et Bathonien inférieur en constituent le réservoir aquifère, tandis que les formations marneuses ou marno-calcaires de l’Aalénien (mélange calcaire et argile), du Lias et du Callovo-oxfordien en constituent les bords imperméables inférieurs et latéraux. Dans le détail, l'enchainement des différentes couches du Bajocien est très varié et comporte plusieurs niveaux marneux (argileux) de faible ampleur mais qui jouent aussi un rôle important sur l’organisation des zones d'écoulement : puits, galeries, gros volumes ou méandres impénétrables.

Un traçage effectué en 1982, dans les cavités connues à cette époque, a permis de mieux comprendre les différents écoulements. Les eaux drainées par la grotte du Cormoran et qui se perdent à la sortie de la cavité, transitent ensuite par la grotte du Crochet supérieur et se retrouvent dans la galerie principale du Crochet inférieur (puits du Lac). Puis ces eaux se perdent dans le Crochet au niveau du Puits de la Cascade et rejoignent la source du Pissoir. Selon les différentes interprétations, les eaux circulants par la Perte de Socours soit transitent par la grotte du Crochet puis se perdent au niveau du puits de la Cascade et se retrouvent enfin à la source du Pissoir, soit rejoignent directement la source du Pissoir (sans passer par le Crochet). Quoiqu'il en soit, une faible partie se retrouve à l'extérieur dans le Bief Ravinet au niveau du Pont des Planches.

Historique de l'exploration

Connu du Groupe Ulysse Spéléo (GUS) depuis les années 70, le Trou Souffleur de la Grande Combe comme il a d'abord été baptisé a fait l'objet de plusieurs séances de désobstruction pour en élargir l'entrée. Dans les années 80, les "TGV" y effectuent plusieurs élargissements sans grand succès. Les GUS poursuivent encore quelques désobstructions mais s'arrêtent car la fissure où circule le vent n'est pas bien engageante...

Le Clan Spéléo des Troglodytes (CST), habitué du secteur, décide en avril 2010 de reprendre l'élargissement et entament 6 séances de désobstruction successives. La fissure devient progressivement boyau jusqu'au 5 juin 2010, date où la jonction avec un volume important est effectuée. Le 6 juin, le premier puits (P10) est descendu et la suite est repérée à travers une lucarne. Dès lors les explorations vont s'enchaîner : d'abord le R3 derrière l'étroite lucarne (élargie depuis), ensuite les puits de l'Afterwork découverts un soir après le boulot, la base connue de la cavité avec le P5 et le P3, la salle GT et enfin les puits parallèles (P14).

Le fond de la cavité au pied du P5 est élargi début août 2010 : la suite est étroite et le courant d'air semble se perdre dans de multiples passages impénétrables. Le trou est alors publié dans le Spelunca n°120 (décembre 2010).

Une visite hivernale fin-décembre 2010 réactive l'intérêt pour le fond de la cavité. De l'eau est entendue sous le terminus connu. Une nouvelle séance de désobstruction permet alors de franchir l'étroiture, déboucher dans un P4 et réactiver le courant d'air. Le fond actuel est une trémie terreuse instable.

Description de la cavité

La totalité de la cavité est équipée de goujons. Prévoir des plaquettes sans vis.

Il faut rentrer dans la perte pieds en premier. Le boyau Rik & Rok est en effet trop étroit pour se retourner à la tête du premier puits. Le P10 d'entrée est borgne, il faut suivre le courant d'air en passant dans une lucarne 3m en-dessous de la tête du puits. Un ressaut de 3m lui fait suite. Pour accéder au reste du réseau, deux possibilités : la plus compliquée est de poursuivre en face de la lucarne et accéder au P14, puis de rattraper le P20 par un passage boueux. Le plus simple est de continuer la descente à la base du R3 et d'accéder aux puits de l'Afterwork directement : P8 - P20 - P8. Attention, de nombreux blocs peuvent se détacher ou glisser, il est conseillé de descendre les trois puits avant de laisser le suivant s'élancer.

Le fond de la perte est taillé dans la diaclase : c'est un vaste espace où se développent le P8, et ensuite le P5 à la base duquel une petite trémie donne accès à un R3 et au puits terminal, le P4 (non-topographié). En équipant une main courante à mi-descente du P8, on a accès à une salle de belle dimension, la salle GT. Cette salle vaut le coup d'oeil par sa dimension, ses formes et ses particularités géologiques et biologiques.

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Equipement :

Topo
Cordes (Amarrages)
Rik&Rok, lucarne et R3
30m (7)
Afterwork P8 - P20 - P8
45m (7) + dev. dans P8
P5 - R3 - P4
20m (5)
Main courante - Salle GT
30m (9)

Géologie

Le massif du Bugey où se situe notre grotte correspond à la pointe méridionale du Jura. Les calcaires qu'on rencontre autour du petit village de Dorvan sont datés du Jurassique moyen (Dogger), époque des dinosaures, il y a 167 millions d'années. Plus précisemment les terrains au sud du village appartiennent au Bajocien.

L'entrée de la perte est une fissure élargie permettant d'accéder à la diaclase principale qui guide l'eau jusqu'au fond. Cette diaclase subverticale de direction N50° s'aligne parfaitement avec la Grande Combe, à quelques mètres de celle-ci. La première couche de calcaire rencontrée est datée du Bajocien Supérieur. Cette couche est caractérisée par une forte quantité de silex incrustés. Les silex disparaissent dans le P20, signe d'un changement d'horizon géologique : la cavité continue dans le Bajocien inférieur. La résurgence du Pissoir également située dans cette couche se situe 200m plus bas. Il y aurait donc potentiellement environ 150m de verticale à découvrir entre la perte de Dorvan et la résurgence du Pissoir.

Le dernier niveau de la grotte est très fossilifère. Il s'agit d'un calcaire bioclastique (formé de débrits de coquillages) dans lequel on peut observer des fragments de bélemnites, d'oursins, de brachiopodes (coques) et de crinoïdes. Le passage qui mène à la salle GT est même constitué essentiellement de tiges de crinoïdes à section en forme d'étoile, très esthétique.

Biospéléologie

Salamandre, diploure, pseudoscorpion, crevette, moustique, araignée, traces de lérot (voir photos ci-dessous).

Planche photos


Photo 1 - première séance de désobstruction - 24/04/10

Photo 2 - le boyau Rik&Rok progresse - 16/05/10

Photo 3 - le boyau en cours d'élargissement - 16/05/10

Photo 4 - première descente dans le P10 - 06/06/10

Photo 5 - Laurence : "ça continue!" - 05/06/10

Photo 6 - le P10 et la lucarne - 13/06/10

Photo 7 - Aurélien dans la lucarne - 24/06/10

Photo 8 - découverte des puits de l'Afterwork - 24/06/10

Photo 9 - Benj en bas du P20 - 26/06/10

Photo 10 - Hélène au-dessus du P5
- 04/07/10

Photo 11 - Caquot équipe la main courante du P8 - 04/07/10

Photo 12 - François équipe le
P14 - 11/07/10

Photo 13 - Philippe dans le réseau
du P14 - 11/07/10

Photo 14 - Benj en désob au-dessus du R3 - 25/07/10

Photo 15 - Benj remonte la salle GT - 25/07/10

Photo 16 - Le fond de la perte après le R3 en Août 2010 - 01/08/10

Photo 17 - François au fond du R3 - 01/08/10

Photo 18 - pseudoscorpion

Photo 19 - salamandre à -50m

Photo 20 - traces de lérot dans la salle GT

 

 
 

Page réalisée par le Clan Spéléo des Troglodytes et le Groupe Ulysse Spéléo. Septembre 2010.
Auteurs : François Martin (CST), Yvan Robin (GUS)